Sara Hajji
Après le succès remarqué de Zanka Contact qu’il avait produit, Saïd Hamich Benlarbi confirme l’étendue de son
talent avec son second long-métrage en tant que réalisateur, « La mer au loin ». Présenté lors de la prestigieuse Semaine de la Critique au Festival de Cannes, ce film s’impose comme une fresque intime d’une rare justesse, retraçant le destin de Nour, un jeune Marocain débarqué clandestinement à Marseille au début des années 1990. Loin des clichés habituels sur l’immigration, le cinéaste et producteur marocain livre ici une œuvre sensorielle où l’exil n’est pas seulement un déplacement géographique, mais une mue intérieure profonde s’étalant sur plus de deux décennies.
Le récit suit la trajectoire de Nour, interprété avec une intensité magnétique par Ayoub Gretaa, dont la vie bascule lorsqu’il croise le chemin de Serge, un policier charismatique incarné par Grégoire Colin, et de sa femme Noémie, campée par Anna Mouglalis. Ce triangle relationnel atypique devient le cœur battant du film, explorant les thèmes de la solitude, de la solidarité et de l’amour interdit. À travers cette fresque qui traverse les années, Hamich filme avec une pudeur infinie la perte de l’innocence et la quête de dignité de ceux qui vivent dans l’ombre, tout en rendant un vibrant hommage à la culture raï, véritable bande-son de l’exil qui vient panser les plaies du déracinement.
Visuellement sublime, « La mer au loin » se distingue par une mise en scène qui privilégie l’émotion pure et le temps long, permettant au spectateur de ressentir l’usure des années et la nostalgie d’un horizon lointain. En tant que producteur chevronné, Saïd Hamich maîtrise parfaitement l’équilibre entre la rigueur de la narration et la liberté artistique, faisant de ce film un pont cinématographique entre le Maroc et la France. C’est une œuvre sur la résilience et la mémoire, qui rappelle que derrière chaque chiffre de l’immigration se cache une épopée humaine, souvent bercée par les vagues de la Méditerranée et l’espoir d’une vie meilleure.