Sara Hajji – Marrakech
Alors que les derniers reflets du soleil couchant embrasaient les remparts de la Ville Ocre, la 22ème édition du Festival International du Film de Marrakech (FIFM) s’est achevée le 6 décembre 2025, marquant une étape historique dans la vie culturelle du Royaume. Plus qu’une simple célébration du glamour cinématographique, cette édition a agi comme un véritable laboratoire de la pensée contemporaine, confirmant la place centrale du Maroc sur l’échiquier mondial du cinéma. Entre l’effervescence des projections et la solennité des hommages, le festival a su maintenir cet équilibre fragile entre l’exigence d’une programmation d’auteur et la ferveur populaire qui anime la place Jemaa El Fna.

L’autorité artistique de cette année a été portée par un jury de haut rang, présidé par le virtuose sud-coréen Bong Joon-ho. Accompagné de figures de proue telles que Jenna Ortega et Anya Taylor-Joy, le réalisateur de Parasite a insufflé une vision rigoureuse à la compétition, privilégiant des œuvres qui interrogent les fractures sociales et les quêtes d’identité. L’ouverture, marquée par la satire mordante de Gus Van Sant, Dead Man’s Wire, a immédiatement donné le ton : celui d’un cinéma qui n’a pas peur de confronter le spectateur à ses propres paradoxes.
Le cœur émotionnel de l’événement a battu au rythme des hommages vibrants rendus à des géants du grand écran. Si la présence de Jodie Foster et de Guillermo del Toro a apporté une dimension mythique au tapis rouge, c’est la célébration de l’actrice marocaine Raouya et de la star égyptienne Hussein Fahmi qui a véritablement scellé le lien entre le festival et ses racines régionales. Ces moments de reconnaissance ont souligné la mission profonde du FIFM : honorer la mémoire du cinéma tout en préparant son avenir. Ce futur s’est d’ailleurs dessiné avec force lors des Ateliers de l’Atlas, où une nouvelle génération de cinéastes africains et arabes a trouvé le soutien nécessaire pour faire entendre des voix souvent restées dans l’ombre.
En définitive, le Festival de Marrakech 2025 n’a pas seulement été une succession de projections prestigieuses, mais un espace de dialogue nécessaire dans un monde fragmenté. À travers les célèbres “Conversations”, le public a pu approcher l’esprit de maîtres comme Jim Jarmusch, transformant la cité impériale en une agora moderne. En clôturant ce chapitre, Marrakech réaffirme que le cinéma, au-delà du simple divertissement, reste le miroir le plus fidèle de notre humanité commune et le trait d’union le plus puissant entre les cultures.